logo nap

Choix – l’alternative invisible

« On n’a pas le choix ». Combien de fois entend-on cette phrase ces derniers temps, qu’il s’agisse dans notre société des contraintes sanitaires, des décrets politiques ou en entreprise de décisions ou stratégies managériales.

« Ne pas avoir le choix » est profondément contraire à ma vision du monde.  Chacun a toujours le choix et le cœur du management est précisément de s’approprier cette responsabilité, de reconnaître qu’une dimension dépend de nous, de notre libre arbitre, que nous sommes libres. Y compris dans un groupe.

Devenir acteur face à la réalité de ce qui est

Nombreux sont ceux – au moins dans le domaine professionnel – qui refusent de voir l’alternative et donc cette liberté ; et si je faisais différemment ? et si je décidais d’agir de mon plein gré plutôt que d’avaler (et de mal digérer) une décision prise par d’autres ? et si ma vie, c’était justement de choisir par moi-même afin d’en être pleinement acteur ? Et si j’agissais dans cette entreprise comme si c’était la mienne ? Comme si je l’aimais vraiment ?

Ne pas voir l’existence d’un choix s’illustre souvent :

  • par un déni de sa propre opinion, et par l’illusion que se taire est la bonne option 
  • par de la paresse intellectuelle et de la procrastination
  • par la peur d’exprimer une proposition dont on ne sait trop comment elle sera reçue
  • par un manque caractérisé de lucidité et de recul par rapport aux événements
  • par un refoulement d’idées alternatives, qui deviennent « invisibles » (par exemple,  j’ai le choix de quitter l’entreprise, j’ai le choix de refuser ce qu’on me demande, j’ai le choix de respecter ou pas le code de la route …)

Si j’évoque ce sujet, c’est parce que d’une part, je choisis d’en parler, et que d’autre part, je rencontre de nombreux salariés désengagés, déprimés, voire malheureux, qui ne se rendent pas compte qu’ils peuvent choisir des actions différentes, une vie qui leur correspond mieux. En s’exposant, en prenant des risques, en s’affirmant, parfois en communicant différemment, parfois en faisant autre chose au quotidien, en changeant d’habitudes.

Se responsabiliser dans le cadre professionnel

Le sujet est délicat, parce que ne pas voir d’alternative, c’est avoir une vision limitée du monde, reposant sur des opinions et des éléments de morale qui sont légitimes mais souvent déconnecté du réel. Chacun dispose d’un efficace bouclier psychologique : la certitude d’avoir raison. Mais est-ce que cela nous rend heureux ? Est-ce que cela nous rend efficaces ? Pas sûr…

Les solutions au quotidien face à une situation sont claires : Par exemple je ne suis pas d’accord avec ce que me demande mon manager. Je vais pouvoir pleinement choisir :

  • d’abord en éclairant complètement sa décision, en questionnant pour en savoir davantage (car souvent, mon opinion est fondée sur des informations manquantes)
  • ensuite en trouvant des propositions alternatives (comment obtenir le même résultat en faisant autrement ? comment résoudre les difficultés qu’apportent cette demande ? comment atteindre l’objectif de l’entreprise sans réaliser cette activité ?)
  • enfin en posant lucidement les arguments et conséquences de chaque option (liste d’avantages et d’inconvénients), afin de pondérer ma décision et d’avoir une approche la plus rationnelle possible.

Concrètement, cela m’amènera surement à dialoguer davantage avec mon manager (beaucoup plus efficace que de contester devant toute l’équipe), à essayer de comprendre un point de vue qui jusqu’à présent m’est étranger, à remettre en question mes choix précédents, dans un état d’esprit constructif.

Donc à peser rationnellement les avantages personnels que je tire de la situation par rapport aux inconvénients souvent liés à l’intérêt collectif (celui de l’entreprise).

Soit dit en passant, si mon manager me demande quelque chose, c’est surement parce qu’en son for intérieur, il pense que c’est la meilleure solution pour l’entreprise ou le service.

Choisir dans le cadre extra professionnel 

Dans un cadre extra professionnel, on a également le choix :

J’ai dans ma copropriété un habitant qui choisit de ne pas payer ses charges trimestrielles. Depuis 20 ans. Ce choix l’amène régulièrement à recevoir des visites d’huissiers, à se retrouver assigné en justice, à subir les foudres des autres copropriétaires. C’est son choix (je sais de source sûre qu’il a les moyens de payer !).

Les autres copropriétaires, dont moi-même, choisissons de « jouer collectif » là où un autre choisit de « la jouer perso ».  C’est notre choix. 

On ne peut pas changer le passé, mais on peut choisir de changer notre manière de le regarder. Il faut vivre avec ce qui ne dépend pas de nous (le temps qu’il fait, les saisons, la terre qui tourne en 24h, avec notre condition de mortel ….). Et on peut chercher à agir sur le reste. Bien entendu, ce sera difficile d’influer sur les décisions de Xi Jinping ou de Poutine par exemple, mais on a le choix d’essayer ou pas. 

En définitive, choisir, c’est faire pleinement l’usage de son autonomie. Notre liberté a souvent un prix (des inconvénients), et je vous renvoie à la fable de La Fontaine sur « Le Loup et Le Chien ». On a toujours le choix, et le plaisir de la vie c’est aussi de faire des choix qui nous procurent des émotions parfois désagréables, des douleurs, des tensions qui rendent par contraste d’autres moments pleinement satisfaisants et épanouissants. 

Croire que la vie professionnelle est déconnectée de ces choix, c’est malheureusement priver la collectivité et vous-même de votre potentiel et de votre vitalité.

Philippe Leclercq